Ma vie de papa

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Il est 18h24, quand nous sortons d’une réunion improvisée dans un bar, pour rejoindre les bureaux officiels situés à quelques pas de là, rue des petits carreaux.

Changer de boulot pour travailler dans la puériculture, l’idée était amusante et faisait surtout écho à la grossesse de ma “petite amie”, à l’époque. Cinq mois maintenant, que je me frayais un chemin entre les poussettes, les tétines et les biberons pour rejoindre mon poste de travail.

Sarah, la créatrice de Womb, tout en saisissant son trench noir, débriefe les points abordés en laissant chanter son accent flamand. Délicieux. Soudain, le vibreur de mon téléphone s’enclenche, et la photo de ma femme apparaît sur l’écran immaculé de mon nouveau smartphone. Je continue de porter mon attention sur Sarah, sans toutefois quitter des yeux mon “joujou” qui n’en finit plus de sonner. Quand l’opportunité m’est donnée de répondre, je n’ai pas le temps de dire un mot. J’entends Claire, incrédule prononcer: “Je viens de perdre les eaux !”

Explosion d’émotions, toutes plus contradictoires les unes que les autres ! La surprise, la joie bientôt rattrapée par la panique qui, l’espace d’un instant s’empare de moi. Le marathon qui s’en suit pour rejoindre la future (proche) mère de mon enfant est épique. Je suis le Carl Lewis de la ligne 12, je remonte les couloirs à une vitesse que je ne crois encore jamais atteinte, à en faire rougir Coyote. “BIP BIP !”. Déterminé, mes jambes s’élancent chacune leur tour, me rapprochant chaque fois un peu plus de mon destin. Beautiful ! Bon Okay. PAUSE. Arrêt sur image :

la bouche ouverte, les bras désarticulés allant d’avant en arrière, de haut en bas, de droite à gauche, le regard hagard, une cadence effrénée dans un style effroyable ; à ce moment précis, je comprends dans le regard de la foule inondé de jugement non dissimulé, que mon style s’apparente plus à celui de Forrest Gump. En moins bien. Mais qu’importe, je vais devenir Papa !

Ellipse temporelle : flaque d’eau, taxi, cris, panique, examen, attente, attente, attente, attente, cris, “poussez madame, c’est bien, vous faites du bon bon travail”, hurlement, “what the fuck ?”, “je vois sa tête”, “félicitations” !

En ce mois de Juillet 2014, nous étions enfin trois.

On a beau imaginer, faire des plans, se préparer, je crois que rien ne peut nous laisser entrevoir la claque magistrale qui s’apprête à nous frapper de plein fouet !

Godard a dit “Adieu au langage”, moi j’ai dit “Au-revoir” au sommeil, comme Giscard. La Marseillaise n’a pas raisonnée derrière moi, mais le constat était tout aussi officiel. Avant, ça ressemblait plus à : “Si je m’endors tout de suite, j’ai encore six heures de sommeil”. Maintenant, si je m’endors tout de suite, il me reste trois heures de sommeil. Je ne m’endors jamais tout de suite. Quel idée de prendre un biberon toutes les trois heures… Je suis donc passé maître dans la simulation de l’endormissement profond. Du moins j’ai essayé. L’imitation de mon propre ronflement n’était pas concluante. Fail.

Finalement, au bout d’une semaine, j’ai revu mes principes sur les cosmétiques pour hommes. La tendance “métro” ne suffisait pas à rattraper les ravages des nuits passées. J’ai sauté une étape pour adopter le style du “TGV-sexuel”.

Derrière mes lunettes de soleil et mon sweat à capuche, j’ai pris mon courage à deux mains. J’ai dit à la vendeuse que mon père avait besoin d’un anti cerne, sans remords aucun et en essayant d’arborer un sourire moqueur. Elle a compris que c’était pour moi. J’ai arrêté de sourire et enchaîné en précisant qu’il me faudrait également une crème hydratante, et que je serais éventuellement intéressé par un échantillon d’auto-bronzant.

J’ai pris le soin de bien cacher mon arsenal dans la salle de bain, et je me suis préparé un Whisky-Coke. En regardant bien au fond du verre, il me semblait apercevoir ma Virilité en train de se noyer. Mais quel teint frais ! Waouh ! Soudain, en regardant ma montre je reviens à la réalité, je vais être en retard pour ma manucure.

Vient alors le moment du premier départ en week-end avec notre magnifique petit bébé. Comme tout parisien qui se respecte, je n’ai pas mon permis de conduire, j’ai une carte “Jeune 12-27 ans”.

En regardant la valise format familial, le sac de voyage, le cosy et la poussette qui trône devant l’entrée, je prends conscience que mes virées en train ne seront plus jamais comme avant.

Je reste positif, c’est le moment de faire preuve de mon statut d’homme fort et viril. Le cosy dans la main droite, un sac autour du cou, la poussette sur l’épaule, je m’élance avec style sur le quai voie 17 de la gare d’Austerlitz, ou notre train nous attend. Je défie la gravité terrestre. Tout ça c’est dans le mental, après Carl Lewis, je suis le Neil Armstrong de la gare. Merde, mon anti cerne coule déjà et j’ai une démarche de marathonien déshydraté en fin de course. Nous venons de passer la première voiture. Un coup d’œil sur notre e-billet qui me nargue en annonçant “Voiture 21”. Houston, we’ve got a problem.

J’atteins fièrement mais non sans mal le bout du quai en chargeant nos affaires dans la voiture, juste avant de voir les portes se refermer derrière nous. Victoire !

L’arrivée d’un bébé est une véritable aventure; qu’elle soit faite de ces petits rien ou de situations qui nous dépassent parfois. Ne plus penser pour un, ni pour deux mais pour trois. Mais, vous savez quoi ? Si c’était à refaire, je le referai 1000 fois. Car aucun autre sentiment ne vous procure plus de bonheur que celui de devenir papa pour la première fois (je viens d’atteindre mon quota de rimes autorisées)

“Au revoir”

François, Wombteam

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